Le livre aléatoire et altruiste

 

... ou comment élargir son champs culturel tout en aidant ceux qui en ont le plus besoin.

Il y a maintenant quelques temps de cela, je me suis faite la réflexion que mes lectures tournaient en rond, se dirigeant toujours vers les mêmes styles où les mêmes auteurs. J'avais envie de découvrir d'autres horizons, d'autres écritures, en somme me diriger vers des ouvrages auxquels je n'aurais jamais pensé. Et voilà bien la difficulté.

Les ouvrages auxquels on n'aurait jamais pensé, ben on n'y pense pas.

Alors il y a bien des solutions qui paraissent évidentes au premier abord comme demander conseil à un vendeur. Oui mais (s'il n'y avait pas de « oui mais » cet article aurait peu de sens avouons le). Oui mais généralement les vendeurs commencent par demander ce qu'on aime lire, et l'idée est quand même d'aller voir ailleurs ce qui s'y écrit. Et quand on leur explique... et bien ils nous sortent une sélection de livres mais forcement ce ne sont pas ceux que j'aurais choisi. Et à 7 euros le livre, j'ai tendance à les reposer pour retourner vers mon confort littéraire habituel.

On peut également demander conseil à une amie, ce que j'ai fait. Amie qui pour le coup m'a prêté son livre préféré que je n'aurais pas du tout acheté. Et que j'ai détesté. Du début à la fin. Et que j'ai quand même dû lire jusqu'au bout, pour lui faire plaisir et ne pas la vexer. Nous classerons donc cette solution dans les « oui mais », le résultat pouvant se révéler très coûteux en temps, patience et énergie à défaut de l'être monétairement.

On me dira : « Tu n'as qu'à aller dans les bibliothèques, elles sont faites pour ça ». Oui mais non. Déjà parce qu'avec mes horaires de travail, accéder à une bibliothèque me demande une grande organisation, et que le soir j'ai envie de tout sauf de m'organiser (bon ok, pas de « tout » non plus). Et que les livres, ils vivent avec moi. Je les embarque, les fourre dans mon sac, les laisse traîner au pied du lit, corne les pages et, parfois, je pose même une tasse à café dessus. Je les malmène, les façonne un peu à l'image de ma vie et ils deviennent ainsi, du moins en apparence, un témoignage de ce que je suis. J'aime mes livres comme ça dans ma bibliothèque, j'aime qu'ils aient une histoire et un passé. Mais ma bibliothécaire, elle, n'aime pas ça du tout. Les gens n'ont plus le sens de la poésie du détail.

Jusqu'au jour où j'ai trouvé la solution en cherchant de vieux encadrements chez Emmaüs. Emmaüs, temple du pas cher et de la diversité. Où le tout côtoie le n'importe quoi. Et qui lutte contre la pauvreté et l'exclusion dans 36 pays dans le monde. Depuis lorsque j'ai envie de changer mes habitudes, je me rends chez eux, dans le hangar librairie qui sent la poussière et dont le système de classification tente de valider l'hypothèse « l'ordre naît du chaos ». Et là, au milieu des livres de poche à 50 cents, je joue les abeilles lettrées. J'attrape une dizaine de roman au hasard, sans lire le résumé pour ne pas être tentée de les reposer. Et pour 5 euros je me retrouve face à l'inconnu.

Certains de ces livres dorment encore dans des cartons. Il est même possible que quelques uns ne soient jamais lus. Quant aux autres... j'ai fais de belles découvertes, voire de réels coups de cœur comme Amin Maalouf. Lorsqu'un roman me plaît je retourne en acheter d'autres en librairie (il faut bien que les auteurs vivent tout de même). Et si l'ouvrage se révèle décevant... et bien il retourne auprès de ses congénères Emmaüssien lors de ma chasse suivante au livre aléatoire.

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