Je mange un canard mais j'adopte un chien

Il y a quelques temps de cela, par un beau week end ensoleillé (vous voyez, ça date) je suis tombée sur un stand pro-végétalien ou plus exactement anti-mangeur de viande, lait, œuf voir tout ce qui s'est trouvé à proximité d'un animal dans les rues de notre belle ville rose. La différence me direz vous ? L'approche. Plutôt que de vous vanter les mérites du tout végétal, on vous accable pour le massacre dont vous avez été la cause depuis votre naissance. Soit. Une jeune fille à la tignasse azur et qui n'inspirait pas que l'odeur de la chlorophylle s'approche se tourne vers moi et me demande si je veux des renseignements. C'est la fin de la journée, je suis fatiguée, et je n'ai absolument pas la motivation ni la force de caractère pour renoncer à la viande. Encore moins pour devenir végétalienne. Alors, polie que je suis, dans un sourire je la remercie mais je décline son offre. En réponse je reçois un regard qui semble graver au laser « Meurtrière, c'était la maman de bambi ! » sur mon front. J'ai eu envie de lui répondre plusieurs choses :

J'ai eu envie de lui parler des affiches placardées partout sur son stand. Une vache aux mamelles hypertrophiées nous regarde suppliante alors que ses pis semblent sur le point d'exploser tant ils contiennent de lait. C'est dramatique, ça prend au ventre... jusqu'au moment où l'on s'aperçoit que c'est photoshopé. On m'excusera pour le langage, mais quelle connerie tout de même. Des photos affreuses d'animaux destinés à l'alimentaire on peut en faire plein. Oui la souffrance animale est réelle, et oui on a encore du chemin à faire dans ce domaine là. Alors pourquoi tricher en abusant

avec largesse d'un filtre fluidité ? Trafiquer une affiche militante c'est comme filouter sur sa photo meetic, sur l'instant ça paraît une bonne idée mais quand les gens s'en rendent compte ça a l'effet inverse de celui recherché. On se sent arnaqué et on remet l'intégralité du concept en doute.

J'ai eu envie de lui demander la marque de sa coloration. Parce qu'il y en a un paquet, c'est pas sur des poils de radis qu'on les teste. Mais bon, certaines sont effectivement non testée sur des animaux (souvent elles le sont sur les anglais) donc laissons lui le bénéfice du doute.

J'aurais bien aimé qu'elle m'offre quelques détails sur comment elle a réussi à convaincre une vache de lui laisser une partie de sa peau. Parce si j'ai un doute pour ses cheveux je reconnaîtrais une paire de chaussure en cuir à 2 kilomètres en plein orage par une nuit sans lune. Et pour les rangers qu'elle a aux pieds ce n'est pas des bébés skaï qu'on a tué.

Enfin j'ai eu envie de lui dire que oui, ce soir je mange un morceau d'un canard qu'on aura tué juste pour mon bon plaisir, mais que moi j'ai adopté un chien. Et que peut être avant de se lancer dans des combats titanesques contre le génocide de la crevette grise, elle pourrait s'occuper de ce genre de causes. A la S.P.A. de Toulouse il y a actuellement 400 chiens et 440 000 habitants dans la ville. Il suffirait qu'un habitant sur 1000 accepte d'adopter un chien pour que la S.P.A. soit vide. Seulement 0,1 % de la population de la ville. Beaucoup plus aisé que de pousser au végétalisme.

J'avais envie de lui dire tout ça. Mais comme je l'ai dis, c'était la fin de journée et j'étais fatiguée. Alors j'ai soupiré en essayant de mettre dans ce souffle tout ce que j'avais sur le cœur et dans l'esprit à ce moment là.

Écrire commentaire

Commentaires : 0