La petite fée et les trois ours

 

 

 

 

 

Un petit clin d’œil au parcours d'une amie

C'est l'histoire d'une petite fée pleine d'énergie et de curiosité. Elle voulait tout voir, tout goûter, tout sentir, tout raconter et tout entendre. On aurait pu croire une petite fée sous acide. De temps en temps elle se posait sur un champignon ou sur une fougère et elle se reposait quelques heures. Mais pas souvent. Ensuite elle repartait à l'aventure, vrombissant dans la forêt, d'un buisson à une branche, d'une marguerite à un joli caillou.

Mais attention ! Si elle semblait toute fluette avec ses petites ailes translucides de fée, ses petites chaussures de fée et son petit visage mutin, il ne fallait pas trop lui titiller les paillettes. Elle volait dans les plumes du premier colibri qui malmenait les jolies fleurs et nouait les langues des crapauds qui l'auraient prise pour une libellule. Avec ses petits bras musclés et ses ailes qui battaient si vite qu'on ne les voyait plus elle affrontait les dangers, sauvait les coccinelles des becs affamés et toiles traîtresses et continuait de s’émerveiller de chaque nouvelle sensation. 

 

Un jour plutôt ensoleillé où elle voletait à la suite d'un essaim d'abeilles, le sol se mit à trembler et elle aperçu un gros ours. Son beau pelage brun luisait de mille reflets, ses muscles roulaient sous sa fourrure épaisse, ses lourdes pattes s'enfonçaient dans la terre meuble tandis qu'il avançait. La petite fée voulu voir cette étrange bête, pirouetta autour de sa tête et se posa sur sa grosse truffe humide. L'ours, étonné, arrêta de respirer, loucha sur la petite fée et se dit que c'était la plus adorable petite chose qu'il n'ai jamais vu. Alors, à pattes de velours, tout doucement pour ne pas qu'elle s'envole, il retourna dans sa tanière, l'attrapa délicatement et la déposa dans une jolie cage brillante. Chaque jour il lui apportait fleurs et fruits, et tous ses amis de la forêt venait admirer la jolie fée. Le loup et le renard, le lièvre et le sanglier, tous venaient faire des ooooh et des aaaaah devant sa trouvaille.

La petite fée était ravie de ces nouveaux amis et de tous ces cadeaux, mais voler lui manquait. De plus en plus. Elle secouait ses ailes, les étirait, mais ce n'était pas voler. Elle demanda à l'ours de lui laisser la porte ouverte pour qu'elle puisse voler à sa guise. Il lui répondit "oh non ! j'aurais trop peur que tu partes et que tu ne reviennes jamais". Et il lui offrit encore plus de fleurs et encore plus de fruits. Mais elle ne voulait plus de cadeaux et elle tournait comme une fée en cage.

Elle demanda aux animaux de la forêt de lever le loquet, mais tous lui répondirent "oh non ! on aurait trop peur que tu partes et que tu ne reviennes jamais". Alors, un jour où l'ours ouvrait la porte pour remplir la cage de fleurs, la petite fée fonça par l'ouverture, esquiva les griffes de l'ours et l'ire des animaux de la forêt, parti et ne revint plus jamais.

 

Elle fila sans se retourner, le plus vite possible, le plus loin possible, dans les ronces et les orages, le vent et les averses pour finir épuisée et grelottante dans le trou d'un vieil hibou. Le volatile, aussi odorant que bienveillant, accueilli la fée mouillée sous son aile, afin qu'elle trouve chaleur et réconfort et qu'elle sèche son corps et ses larmes. Les jours passèrent et la petit fée repris courage et paillettes. La journée elle voletait, secouant des pistils et distribuant des uppercuts aux étourneaux trop hardis et le soir elle se blottissait contre le hibou taciturne. 

Un matin qu'elle occupait à tresser des pâquerettes, le sol se remit à trembler. Un ours énorme, miteux et tout pelé s'approchait à pas lourds. Méfiante, elle se réfugia à l'entrée du trou du hibou, s'assit sur la bordure et observa la bestiole. Plus proche du paillasson que du plantigrade, celui-ci leva un œil larmoyant vers les petits pieds, lâcha un gémissement et continua sa route la tête basse. Contre l'avis du sage hibou, la petit fée émue vint se poser délicatement sur la grosse tête abîmée et entrepris de la soigner. Contrairement aux prédictions, l'animal ne boulotta pas la demoiselle mais il continua à marcher, des jours durant, pendant qu'elle s'oubliait et soignait plaies et blessures. Au terme d'un long voyage, l'ours entra dans sa caverne la petite fée toujours sur ses épaules. Consciencieuse, elle fini son ouvrage jusqu'à la moindre égratignure. Alors elle voulu reprendre ses aventures, mais la caverne était nue sur une montagne aussi rocailleuse que déserte. L'ours n'avait ni amis, ni conversations, ni loisirs, ni envie, et lorsqu'elle lui disait "je veux retourner dans la forêt" il lui répondait "je n'aime ni le bruit ni les odeurs, et tu es bien trop petite pour faire le voyage seule. Reste et occupe toi du pauvre ours que je suis". Et la fée attendait sur un caillou, les ailes basses, que le destin vienne la délivrer de sa prison sans cage.

Un matin l'espoir parti et la colère vint, et comme elle boxait les mulots discourtois, elle mit un crochet du droit au destin et elle se délivra elle même. Elle s'élança hors de la caverne et vola vaille que vaille dans le désert de pierre. Mainte fois elle fut bringuebalée par le vent, roulant chaussons par dessus tête dans les airs. Elle traversa des nuages de sable et percuta des feuilles, mais épuisée et fourbue, elle fini par rejoindre sa forêt bien aimée.

 

Ce coup-ci on le l'y reprendrait plus. Plus d'ours ni de hibou, plus de tanière ni de montagne, elle voulait être libre de voler où bon lui semblait et de dormir dans la mousse ou les crocus. Elle profitait de sa liberté retrouvée lorsque le sol se remis à trembler. Un ours traversait tranquillement sa clairière. La fée tourna les épaules et continua de se laver à la rosée d'une jonquille. Les journées passèrent et l’événement se répéta. Tous les jours, à heure fixe, l'ours tranquille traversait la clairière de son pas lent, ignorant la petite fée et les boutons d'or qu'il piétinait.

Un après midi de mauvaise humeur, la petite fée en eu marre de voir les jolies pétales écrabouillées. Les poings sur les hanches et les sourcils froncés, elle vola à toute allure devant la grosse bête, se ficha devant son museau et lui décocha un tout petit coup de pied. L'ours imperturbable soupira, modifia sa trajectoire et laissa en paix les petites fleurs innocentes. Les jours suivants, il continua ses voyages, toujours de son pas lent, sur le nouveau sentier qu'il dessinait. Mais si les fleurs étaient sauvent, il créait la panique parmi la fourmilière qu'il piétinait quotidiennement. 

Un après midi d'exaspération la petite fée la petite fée fonça à tire d'aile vers l'ours fourmicide et lui arracha violemment un poil d'oreille. De nouveau l'ours soupira et décala légèrement son chemin routinier.

Ce manège fini par piquer la curiosité de la petite fée, qui se mit à suivre les gros pas lents qui faisaient trembler le sol. Elle le suivi de son antre au ruisseau, dans ses balades et ses collations. Mais l'ours ne voulait pas d'une petite fée. Les petites fées bougent tout le temps, elle changent les habitudes et ramènent du jasmin dans les bonnes vieilles cavernes. Alors il l'ignora, continuant ses trajets et ses obligations d'ours pendant qu'elle pirouettait devant son nez, faisait des cabrioles sur son dos, lui racontait la forêt et ramenait tout de même du jasmin dans sa caverne. 

 

Un matin, l'ours décida de ne pas traverser la clairière pour retrouver sa solitude et sa tranquillité. De toute la journée, il n'y eu personne pour lui chatouiller les narines avec ses ailes ni lui faire lever haut les pattes pour ne rien écraser. Pas de pollen qui faisait pleurer les yeux ni petite voix continuelle dans les oreilles. Le soir venu notre ours tranquille était triste. Il s'était ennuyé toute la journée et la petite fée lui manquait. Elle n'avait pas eu besoin de son autorisation pour prendre une place dans sa vie, et son absence laissait une impression de vide. Alors, l'air de rien, il rempli sa caverne de mousses et de fougères, de crocus et de jasmin, de pâquerettes et de boutons d'or. Et toujours l'air de rien, le lendemain, il retraversa la  clairière, lentement et tranquillement. Il eut tout de même un sourire quand il vit la petite fée, rouge et échevelée de colère, qui lui lançait des glands pour avoir disparut si longtemps.

 

Depuis, dans la forêt il se raconte qu'il se balade un gros ours tranquille et une petite fée toute vive. Ils habiteraient dans une caverne fleurie et ouverte à qui veut y entrer ou qui veut en sortir. Il apparaîtrait même, d'après une belette curieuse, que parfois, un tout petit ourson, avec de minuscules ailes translucides, sort de la caverne pour aller jouer dans les nuages.

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Commentaires : 4
  • #1

    colette castex (mercredi, 23 mars 2016 17:46)

    faudra que la nature m'explique comment.... bon tu sais quoi!

  • #2

    Aramina (mercredi, 23 mars 2016 18:11)

    Je me suis demandé qui me poserait la question en premier

    Ah bah bravo !

  • #3

    christian (mardi, 29 mars 2016 17:39)

    c'est une belle histoire !

  • #4

    Angélique (mardi, 26 avril 2016)

    C'est très joliment raconté ^_^